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Mercredi 6 février 2008 3 06 /02 /Fév /2008 19:59

Prière de Saint Ephrem

(Cette prière que le fidèle récite deux fois d'affilée, la première en respectant à la fin de chaque verset une métanie, est une méditation sur la condition humaine et une excellente introduction aux mystères du temps pascal.)





Seigneur et Maître de ma vie,

ne m'abandonne pas à l'esprit de paresse, de découragement,

de domination et de vaines paroles !

Mais fais-moi la grâce, à moi ton serviteur,

de l'esprit d'intégrité, d'humilité,

de patience et d'amour !

Oui, Seigneur-Roi,

accorde-moi de voir mes fautes

et de ne pas condamner mon frère,

car Tu es béni dans les siècles des siècles !

Amen



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Par Père Olivier-Thomas - Publié dans : Prière
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Mardi 5 février 2008 2 05 /02 /Fév /2008 07:42

En Occident, malgré les décisions des conciles et des papes, la doctrine d'Augustin ne parvint point à dominer généralement. Les moines surtout s'en trouvaient blessés ou inquiétés ; car ils s'imaginaient non seulement accomplir tous les commandements de Dieu, mais même faire plus que Dieu n'exigeait d'eux ; tandis que cette doctrine leur déclarait que l'humain ne peut absolument rien faire par sa propre force. Ce fut dans un couvent d'Adrumète (Afrique) que se manifesta la première opposition. Mais à Marseille, il s'en forma une autre, plus durable et plus raisonnée, à laquelle. Jean Cassien, disciple de Chrysostome, prit la part la plus importante. Il enseignait que la mort et les maux physiques sont des conséquences de la chute d'Adam ; mais que cette chute n'avait point retiré à Adam l'intelligence, la sagesse et la connaissance de la nature dont il avait été doué. Il les avait transmises à la postérité de Seth. Les descendants de Seth ne les perdirent que par suite de leurs mariages avec les descendants de Caïn. Dès lors, ils furent entraînés à toutes sortes d'erreurs, de superstitions et de désordres ; et la promulgation d'une loi écrite devint nécessaire. D'autre part, les avantages moraux de l'humain, spécialement ceux qui reproduisent en l'humain l'image de Dieu, tels qu'une entière liberté de volonté et l'absence complète d'antagonisme entre l'esprit et la chair, avaient certainement été fort amoindris par la chute ; mais ils n'avaient pas été anéantis. Jean Cassien ne niait pas le péché originel ; mais il ne le concevait point, ainsi qu'Augustin, comme la cause d'une corruption complète ; il n'y voyait que l'affaiblissement de la nature morale de l'humain. Il prétendait même que cet affaiblissement provenait non uniquement de la chute d'Adam, mais aussi de la dégénérescence résultant des unions des descendants de Seth avec les descendants de Caïn. Ainsi, suivant lui, la liberté existe toujours dans l'humain ; il peut, de son propre mouvement, commencer le bien. Mais pour y persévérer, il a besoin de la grâce divine. Ces opinions eurent beaucoup de succès dans la Gaule méridionale, particulièrement à Marseille et dans les environs de cette ville. C'est pourquoi Augustin, qui les combattit dans ses dernières années, donnait à ceux qui les professaient le nom de Massiliens, auquel les scolastiques substituèrent plus tard celui de Semipélagiens. Appellation fort inexacte, car ces théologiens relevaient, non de Pélage, mais des docteurs et des pères de l'Église antérieurs à Augustin.

Les réfutations d'Augustin et l'attaque plus violente encore de Prosper d'Aquitaine ne paraissent point avoir en alors de succès en Gaule. La plupart des théologiens gaulois, notamment Vincent de Lerins, Fauste de Riez, l'auteur anonyme d'un livre intitulé Praedestinatus, adhérèrent au sémipélagianisme. Ce fut précisément en repoussant (Commonitorium pro cathoticae fidei antiquitate et universalitate adversus profanas omnium haereticorum novitates) les nouveautés que l'augustinisme introduisait dans la foi traditionnelle de l'Église, que Vincent de Lérins définit les caractères essentiels de cette foi : quod semper, ubique et ab omnibus creditur. Par respect pour Augustin, ils repoussaient sa doctrine sous le nom de prédestinianisme. Les membres d'un concile tenu à Arles en 475 signèrent le traité de Fauste De Gratia Dei et humana mentis libero arbitrio. Mais en 520, des moines scythes excitèrent les évêques africains exilés en Sardaigne à prendre la défense d'Augustin contre Fauste, mort depuis longtemps. L'un d'eux, Fulgence, évêque de Ruspa, écrivit dans ce but un traité : De veritate praedestinationis et gratia Dei. Il réussit à faire confirmer la doctrine augustinienne par un concile assemblé à Orange en 529. Dès lors, le semipélagianisme se trouva condamné, même en Gaule ; théoriquement du moins, car en fait, l'Église catholique, sans le professer, a toujours été contrainte de l'appliquer en sa doctrine sur le mérite des oeuvres, surtout des oeuvres surérogatoires.

C'est une telle doctrine qui met au coeur de la relation de l'homme à son créateur la responsabilité, comme  volonté libre et éclairée par la Révélation et les Evangiles, que notre communauté regarde comme fondement de son éthique. Loin de remettre en cause les sacrements et leur utilité dans la vie chrétienne, une telle position renforce le principe d'une participation constante du croyant à son salut dans chacun des actes de sa vie. Les sacrements sont et demeurent le moyen efficace et nécessaire pour retrouver la proximité béatifique avec Dieu, par le Christ, dans la communion de l'Esprit. Mais la vie chrétienne est en elle-même déjà porteuse de "sainteté" au sens premier : relation directe avec le Créateur, fondée non pas sur un ensemble de comportements sclérosés et superstitieux, mais sur un engagement personnel à s'efforcer, dans chaque acte de la vie, au bien.

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Par Père Olivier-Thomas - Publié dans : Théologie
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Dimanche 3 février 2008 7 03 /02 /Fév /2008 18:18

Aux premiers temps de la chrétienté, la question du péché originel et celle de la grâce comme moyen du salut ont monopolisé une grande partie du débat chez les théologiens et les Pères. Contre la position - de plus en plus canonique - de saint Augustin, Pélage, et Coelestius, ont voulu redéfinir les conséquences, tant métaphysiques et théologiques que morales et pratiques, d'une telle doctrine qui pouvait modifier la structure même de l'Eglise en affectant le sens de sa mission.

La doctrine de Pélage et de Coelestius concerne les conséquences de la désobéissance d'Adam. Pour rendre exactement compte des évolutions qu'elle a produites ou occasionnées dans les dogmes sur cette matière, il est nécessaire d'indiquer quelles étaient alors les opinions des théologiens.

Tous reconnaissaient que le péché d'Adam a eu des résultats désastreux pour sa postérité, en ce que tous les humains sont devenus mortels, en ce que leurs instincts ont acquis une puissance pernicieuse, et en ce qu'ils ont été plus exposés aux séductions du Démon. A ces idées, les docteurs de l'Église latine ajoutaient l'opinion émise par Tertullien d'une peccabilité héréditaire, c.-à-d. d'une corruption produite par la chute d'Adam et transmise, comme un héritage, à sa postérité. Hilaire (In Psalmo 118) appelle cette peccabilité "originis vitium" ("l'origine des vices").

Cependant, les Pères de cette Église étaient très éloignés de penser que cette corruption naturelle a détruit la liberté de l'humain. Ils affirment expressément que l'Humain a le pouvoir de faire le bien, par sa propre force. Hilaire (In Psalmo 118) lui attribue positivement le commencement du bien : "Est quidem in fide manendia Deo munus, sed incipiendi a nobis origo est". Ils étaient tout aussi éloignés de l'idée que le péché d'Adam doit être imputé comme faute à ses descendants.

Dans ses premiers écrits et surtout dans ceux qu'il avait rédigés contre les Manichéens, Augustin lui-même s'était montré complètement d'accord avec les autres docteurs de l'Église latine. Il avait admis un péché ou vice originel, qui se manifeste dans l'ignorance ou la faiblesse de l'humain et dans son penchant pour les choses visibles et terrestres, mais par lequel sa liberté ne se trouve nullement atteinte. Il avait, au contraire, nettement affirmé (De libero arbitrio, II, c. 4) que l'humain peut, par sa propre force, triompher de cet obstacle et vivre comme il le doit, pourvu qu'il le veuille. "Recte vivere homo, cum vult, potest". Mais avant sa controverse avec Pélage, il s'était déjà tourné vers une opinion plus rigoureuse. Dans la lutte, elle se développa et parvint à une terrible rigidité.

Le nom et la doctrine du péché ou du vice originel sont complètement étrangers aux docteurs de l'Église grecque. Ils s'accordaient bien à reconnaître les funestes effets de la chute d'Adam pour sa postérité, mais ils ne les concevaient pas comme un état maladif de l'âme, transmis par la génération. Suivant eux, la nature morale de l'humain n'a pas été métamorphosée par la chute ; mais une des conséquences de la chute a été d'exposer davantage cette nature aux tentations des démons, au moyen des convoitises et des passions. A propos du passage du psaume LI, 7 : "J'ai été engendré dans le péché". Chrysostome enseigne formellement que l'humain doit combattre et peut vaincre les convoitises et les passions par l'exercice de sa raison et la force de sa volonté (Hom. II). Grégoire de Nysse (De iis qui mature abripiuntur), déclarait que les enfants n'ont besoin d'aucune purification, puisqu'ils ne sont atteints d'aucune maladie de l'âme. Athanase assure qu'il y a eu, avant Jésus, un assez grand nombre de saints qui sont restés purs de tout péché. Il cite, en particulier, Jérémie et Jean-Baptiste.

Ainsi, tous les docteurs et tous les pères des deux Églises, antérieures à Augustin, affirmaient, de la manière la plus positive, que la volonté humaine est pleinement libre et capable de céder ou de résister aux séductions du péché. Non seulement les Orientaux, mais même les Occidentaux, reviennent fréquemment sur ce sujet, à l'égard duquel ils s'expriment énergiquement, parce qu'ils considéraient la liberté humaine comme la condition essentielle de toute moralité.

L'opinion, répandue dans l'Église d'Occident, que tous les humains ont hérité d'Adam une inclination au péché, qui les empêche d'arriver au bien, et que, pour cette raison, ils ne peuvent arriver à la vertu qu'avec la grâce de. Dieu, paraissait à Pélage et à Coelestius une source d'idées dangereuses pour la morale. Ils croyaient remarquer que les humains, à qui l'on promettait qu'ils seraient portés à la vertu par cette grâce, négligeaient les efforts nécessaires pour l'atteindre. Augustin rapporte qu'un jour (vers 405), Pélage manifesta une vive indignation, en entendant un évêque citer ces paroles, d'une des prières du livre des Confessions : "Da quod jubes et jube quod vis" ("donne ce que tu ordonnes, et ordonne ce que tu veux"). II estimait que ces paroles anéantissaient la liberté de l'humain, et qu'elles faisaient de lui une poupée entre les mains de Dieu. Pour réagir contre une pareille doctrine, ils lui opposèrent les propositions qui leur semblaient les plus propres à relever le sentiment de la liberté, de la responsabilité et de la dignité humaines. Nous ne savons pas bien quelles étaient ces propositions; mais il est vraisemblable qu'elles ne différaient point sensiblement de celles qu'ils formulèrent plus tard. Ils ne furent pas inquiétés à Rome, soit que leur enseignement y ait en peu de retentissement, soit qu'eux-mêmes eussent été protégés par le respect qu'inspirait l'intégrité de leur vie. En 309, ils quittèrent Rome, menacée par l'invasion d'Alaric, et ils passèrent en Sicile ; de là, en Afrique.

Augustin, qui soutenait alors une lutte ardente contre les donatistes, ne fit ni n'écrivit rien contre eux. Pélage quitta l'Afrique pour aller en Palestine. En 411, Coelestius, qui était resté à Carthage, sollicita un office de prêtre. Mais Paulin, diacre de Milan, qui se trouvait dans ce temps-là en Afrique, l'accusa d'hérésie, sur les sept points suivants :  

Adam a été créé mortel; il serait mort, même s'il n'avait pas péché.

Le péché d'Adam n'a fait tort qu'à lui seul, non à toute l'espèce humaine.

Les enfants, à leur, naissance, sont dans le même état qu'Adam, au moment de sa création.

Ni la mort ni la chute d'Adam n'ont produit la mort de l'espèce humaine, pas plus que la résurrection du Christ n'a produit la résurrection de tous les hommes.

La Loi introduit les hommes dans le royaume des cieux, aussi bien que l'Évangile.

Même avant la venue du Christ, il y a en des hommes sans péché.

Les enfants morts sans avoir été baptisés obtiennent la via éternelle.

Un concile tenu à Carthage (412) condamna ces propositions et excommunia Coelestius, quoiqu'il eut reconnu la nécessité du baptême des enfants, à l'aide d'une distinction entre le royaume des cieux, où les baptisés seuls peuvent être admis, et la vie éternelle, que tous les enfants peuvent obtenir.

Augustin n'avait point assisté au concile qui prononça cette condamnation ; mais, en la même année, sur la demande de son ami Marcellin, que troublaient quelques-unes des assertions des pélagiens, il fit des sermons pour les réfuter, et il écrivit son traité De peccatorum meritis et remissione ac de baptismo parvulorum. Il s'y exprime en termes respectueux sur le caractère de Pélage, peut-être parce qu'il espérait encore le convertir.

Coelestius en avait appelé à l'évêque de Rome de la sentence qui le condamnait. Mais au lieu de suivre sur cet appel, il se retira à Ephèse. En Orient, où était professée la doctrine que nous avons précédemment relatée, Pélage avait trouvé un excellent accueil, notamment auprès de Jean, évêque de Jérusalem. Mais Lazare, évêque d'Aix, Héros, évêque d'Arles, qui avaient été exilés en Palestine, et Orose, qu'Augustin avait chargé d'une mission auprès de Jérôme, l'accusèrent d'hérésie, lui reprochant principalement d'avoir enseigné qu'il était possible à l'humain de vivre sans péché, et d'observer, avec sa seule forcé, les commandements de Dieu. La cause fut portée devant un concile assemblé à Jérusalem (415). Jean y prit parti pour Pélage, et ses adversaires ne purent obtenir sa condamnation. Pour atténuer l'effet de ce jugement, Orose avait demandé, ce qui ne pouvait être refusé, que l'affaire fut déférée à l'évêque de Rome, comme appartenant aux Églises d'Occident. Cependant Lazare et Héros s'obstinèrent à la poursuivre, dès la même année, en Orient. Ils relevèrent contre Pélage douze chefs d'accusation, qui furent produits devant un concile tenu à Diospolis (anciennement Lydda) et présidé par Euloge, évêque de Césarée. Les cinq premiers reproduisaient des points sur lesquels Coelestius avait été condamné à Carthage. Parmi les sept autres, nous ne relaterons que ceux qui se rapportent au libre arbitre et à la grâce. 

«  La grâce et le secours de Dieu ne sont point accordés pour chaque acte isolément; mais ils consistent dans le don du libre arbitre, dans la connaissance de la loi divine et de la doctrine chrétienne. - Le libre arbitre n'existe pas s'il a besoin du secours de Dieu : chacun possède dans sa volonté le pouvoir de faire ou de ne pas faire une chose. - La grâce divine nous est attribuée selon nos mérites. - Le pardon est accordé aux repentants, non en vertu de la grâce et de la miséricorde de Dieu, mais selon leurs mérites et leurs efforts, quand, par leur pénitence, ils sa sont rendus dignes de pardon. - La victoire nous vient du libre arbitre, non du secours de Dieu. »

 

Pélage déclina toute responsabilité, à l'égard des propositions de Coelestius, qu'on prétendait lui imputer, et il en approuva la condamnation ; mais sur celles qu'il maintint, comme lui appartenant personnellement, il fut déclaré orthodoxe. Cette décision indigna Augustin, qui s'efforça de démontrer aux évêques orientaux (De gestis Pelagii) qu'ils s'étaient laissé tromper par l'éloge. Mais il ne réussit point à les persuader. Théodore de Mopsueste, chef de l'école d'Antioche, répondit : 

 

« que la mortalité, tout en étant le châtiment du péché, n'en est pas moins une condition imposée, dès l'origine, à la nature humaine, pour l'utilité même de l'homme. Quoique affecté par l'influence charnelle, l'homme est resté libre et responsable de ses actes, Le péché n'est qu'une transition dans le développement spirituel de l'humanité. Ce développement doit aboutir au rétablissement de toutes choses. Prétendre que Dieu a condamné tout le genre humain pour le péché d'un seul homme, c'est lui attribuer un jugement indigne d'un homme sage et juste. »

 

Nous ne relaterons point les incidents des poursuites qui aboutirent à la condamnation définitive du pélagianisme. Il nous parait suffisant d'en énoncer sommairement les résultats, Le 1er mai 418, un concile de Carthage confirma et étendit les condamnations prononcées dans cette ville et à Milève en 412 et 416. Préalablement, Augustin s'était assuré l'appui du bras séculier. Sur ses instances, Honorius avait, dès le 30 avril précédent, ordonné au préfet du prétoire de rechercher et de chasser de Rome tous les partisans du pélagianisme. Alors, le pape Zozime, qui pendant longtemps était resté fort hésitant, écrivit une lettre dans laquelle il déclarait adhérer aux décisions des conciles africains et à la doctrine d'Augustin sur le péché originel, le baptême et la grâce, et invitait les évêques occidentaux à condamner avec lui l'hérésie pélagienne. Dix-huit évêques italiens furent bannis par l'empereur, pour avoir refusé de signer ce document. Le plus célèbre est Julien, évêque d'Esclanum, en Apulie, qui continua la lutte contre la dogmatique d'Augustin, et réussit à donner à la doctrine pélagienne une cohésion qu'elle n'avait pas due jusqu'alors. Il dirigea contre ses adversaires des arguments puissants, auxquels Augustin s'efforça de répondre dans ses livres De nuptiis et concupiscentia - Contra Julianum libri VI (421) et son Opus imperfectum.

En Orient, le pélagianisme avait été compromis par la protection qu'il avait reçue de l'école d'Antioche et par un appel de Coelestius à Nestorius, quoique cet appel n'eût point été favorablement accueilli. Il fut condamné, en même temps que cet évêque de Constantinople, par le concile oecuménique d'Ephèse (431). Mais comme la sentence ne contenait pas de définition dogmatique sur les points discutés, les orientaux gardèrent leur doctrine.

Sons l'impulsion de la controverse, Augustin avait été amené à prendre des positions directement opposées à celles des pélagiens, et à formuler une doctrine qui constitue le terme définitif des évolutions de sa pensée. Cette doctrine peut être ainsi résumée : Adam a été créé complètement libre, en sorte qu'il pouvait pécher on ne pas pécher. Mais par sa chute, la nature humaine a été physiquement et moralement corrompue. Les conséquences de cette chute sont la mort physique, la corruption des instincts (concupiscentia) et par suite la révolte de la chair contre l'esprit, la sueur tombant du front des travailleurs, les ronces et les épines que produit la terre, les douleurs de l'enfantement, en un mot, tous les maux physiques et moraux.

La concupiscence fait perdre à l'humain la faculté de choisir le bien, par amour de Dieu, c'est-à-dire de faire véritablement le bien. Par suite de la perte de cette faculté, il a perdu la liberté vraie de sa volonté; car il ne lui reste plus que la liberté d'agir par des motifs sensuels, c.-à-d. de pécher. Cet état de peccabilité a été transmis par Adam à ses descendants, par la voie de la génération, si bien que même les enfants s'en trouvent déjà affectés lorsqu'ils naissent. Le péché originel se manifeste en ce que la concupiscence domine tellement l'humain qu'il ne se laisse diriger que par elle dans sa conduite: Augustin affirme, en beaucoup de passages, que le libre arbitre est aboli par la chute. Il est vrai que l'humain n'en est point privé, au point d'être irrésistiblement poussé à des actes déterminés par les motifs de la concupiscence, puisqu'il peut choisir entre plusieurs motifs différents; mais tous ces motifs proviennent de la concupiscence, et ils sont les seuls qui opèrent en lui : en fait, il est complètement incapable d'obéir à un plus noble mobile, et de faire ce qui est agréable à Dieu, uniquement par amour de Dieu. Comme sa volonté est ainsi enfermée dans un cercle de considérations impures, il lui manque la liberté qui résulte de la communion avec Dieu, et qui consiste dans une entière soumission à sa volonté. En somme, les actes extérieurs de l'humain déchu dépendent bien de son libre arbitre ; mais non ses motifs. Or, comme ce sont les motifs qui déterminent le mérite des actions, toutes ses actions sont nécessairement mauvaises. D'où il résulte que les vertus des païens ne sont que de brillants péchés.

Non seulement le péché originel souille par la concupiscence toutes les actions des humains ; mais, même avant toute action, Il en résulte une faute et une culpabilité qui s'étendent sur toute la postérité d'Adam. En Adam, toute l'humanité a perdu la grâce de Dieu, et a été soumise à la domination de Satan et à la damnation éternelle ; elle est devenue une masse corrompue, « perditionis massa », en sorte que les enfants nouveau-nés eux-mêmes se trouvent en l'état de damnation. Pour justifier cette assertion, Augustin se servait de Ia traduction erronée d'un texte de saint Paul.

En comparant la doctrine antérieure de l'Église chrétienne avec les opinions des pélagiens et celles d'Augustin sur les conséquences de la désobéissance d'Adam, on peut constater que les pélagiens s'écartaient de cette doctrine, en refusant presque complètement d'admettre que cette chute ait eu des conséquences funestes pour la postérité d'Adam ; en niant même pour la plupart que la mortalité fut une de ces conséquences, et en enseignant que la pratique du bien était aussi facile aux descendants d'Adam qu'à Adam lui-même avant son péché. Tandis que les premiers docteurs de l'Église admettaient généralement, non seulement que la mort est une conséquence du péché d'Adam, mais que les convoitises et les mauvais penchants avaient acquis par suite de ce péché une plus grande puissance sur l'humain, devenu depuis lors beaucoup plus exposé à la séduction des démons.

Le système d'Augustin s'écartait plus encore de l'ancienne doctrine. Car l'idée d'un vice originel n'était admise que par les docteurs de l'Occident, non par ceux de l'Orient. En outre, l'opinion qu'avec ce vice se transmettait une faute suffisant à elle seule, pour rendre l'humain passible de la damnation éternelle, n'avait jamais été enseignée jusqu'alors. Ce qui n'était pas moins nouveau, c'était l'idée d'Augustin de refuser à l'humain toute liberté et de le déclarer réellement incapable de faire aucune espèce de bien devant Dieu. Car jusqu'alors les Orientaux et les Occidentaux s'étaient accordés sur l'affirmation de la liberté de l'humain.

On a attribué, non sans quelque apparence de raison, la tendance d'Augustin à l'empreinte qu'il avait gardée de ses anciennes accointances avec le manichéisme. Sans doute, il s'était éloigné essentiellement du système manichéen, en ce qu'il ne concevait plus le mal comme une substance, ni comme la création spéciale d'un être mauvais ; mais il paraît aboutir à des résultats analogues, en montrant la terre et l'humain en particulier, dominés par le mal, en enseignant que le péché exerce une puissance invincible sur la volonté humaine, et que l'humain doit nécessairement succomber au mal. Une particularité qui semble attester le retour inconscient d'Augustin vers la doctrine manichéenne, c'est que dans le temps où il la combattait, il insistait résolument sur la valeur et la puissance du libre arbitre, tandis que, en ses dernières années, au temps de la lutte contre les pélagiens, il ne proclamait plus que la grâce divine, indépendante de tout fait initial et de toute résistance provenant de l'humain qui en est l'objet (Prédestination). 

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Par Père Olivier-Thomas - Publié dans : Théologie
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Samedi 2 février 2008 6 02 /02 /Fév /2008 14:01

Au large de Cannes, deux petites îles forment depuis plus de deux millénaires un refuge pour les hommes en quête de paix et de sens : l'ile Saint Honorat et l'île Saint Marguerite. Si la seconde est fameuse dans l'histoire pour avoir abrité un fort qui fut une prison pour pas mal de protestants durant les Guerres de Religion, mais aussi pour un certain inconnu qui fut, sous son Masque de Fer, une énigme, une légende, presque un fantasme, la première est depuis l'an 400 le siège d'une présence chrétienne rayonnante : le plus ancien monastère d'Occident.

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Honoratus, jeune aristocrate gallo-romain peut-être né à Trèves, converti au christianisme dans son adolescence, y est venu fonder, de retour d'un éprouvant voyage en Orient, un monastère. Avec quelques compagnons (dont saint Caprasius, deuxième abbé de Lérins), il transforme cet ilôt, uniquement connu des pêcheurs et infesté de serpents, en un lieu de vie cénobitique proche des traditions alexandrines. Il y vivra jusqu'à son appel en Arles où le peuple l'a élu évêque - selon la coutume du temps. Il y mourra en odeur de sainteté et sera enseveli au cimetière des Alyscamps.

Honoratus disparu, le monastère continue sa mission et ne cesse de croître, sous Caprasius, abbé, et Hilarius, nouvel évêque d'Arles. Et c'est dans ce climat de grandes avancées et de vives polémiques théologiques qu'apparaît Vincentius.

On pense qu'il est né dans une famille noble vers 400 et a exercé un moment le métier des armes avant de se convertir définitivement. Il rejoint la communauté de Lérins où il étudie ardemment auprès des fils d'Honoratus et, comme nombre de théologiens de Provence, se pose la question de la grâce dans une perspective augustinienne.

En 434 il publie une ouvrage majeur, le Commonitorium, dans lequel il discute des critères permettant de déterminer ce qui doit fonder la foi chrétienne et de découvrir, pour les rejeter, les éléments hérétiques, ou du moins problématiques. Cet ouvrage, fondateur pour une orthodoxie catholique, devait tôt s'avérer plus complexe qu'il n'y paraît. Si Vincentius défend en effet les positions officielles de Rome contre certains hérétiques - Appolinaris et Nestorius particulièrement - il se montre plus mesuré lorsqu'il s'agit de contrer Origène et Tertullien. L'héritage grec est bien là, celui des néoplatoniciens d'Alexandrie, tout comme certaines questions qui vont dans l'histoire de l'Eglise devenir lourdes de conséquences.

Surtout, il semble s'opposer aux thèses d'Augustin et s'orienter vers une position que certains considèreront comme un pélagianisme qui ne dit pas son nom. Sur la question de la grâce, Vincent penche en effet vers l'idée que l'homme peut participer à son propre salut par ses actes, et ainsi "déclencher" la grâce divine. Cette idée de la coopération de la grâce divine à l'action de l'homme lève en grande partie la dette du péché originel - si ce n'est intégralement  - et fonde la relation entre l'homme et son créateur, non sur un plan d'égalité, mais sur une relation de libre responsabilité de la créature face à un Dieu, Père aimant et juste, Fils clément et miséricordieux, Esprit vivifiant et sanctifiant..

Une telle position ne peut s'expliquer sans faire référence à un héritage spirituel souvent mécompris des commentateurs : Vincent est tout autant le fils de l'Eglise universel que l'héritier des Pères grecs pétris de néoplatonisme et le représentant ultime d'une tradition "gauloise" - pour ne pas dire celtique - qui fonde sa spiritualité dans la responsabilité de l'individu.

Un exemple de chrétienté ouverte, intelligente et résolument moderne !

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Par Père Olivier-Thomas - Publié dans : Histoire
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Vendredi 1 février 2008 5 01 /02 /Fév /2008 18:33

Qui suis-je ?

Je suis né en 1969 au sein d'une famille aux multiples racines européennes et plutôt "conservatrice". Enfance entre catholicisme et orthodoxie russe.

Conservatisme, certes, des parents, mais aussi grande ouverture de l'éducation sur le temps présent : une enfance passée de poste en poste à l'étranger, dans les bagages d'un père diplomate. Un retour en France pour passer le bac. La suite fut un peu moins classique !

Au moment où j'entrais en classe prépa, à 17 ans, je redécouvrais la beauté de la foi - le doute avait creusé sa niche dès l'âge de 15 ans - grâce à un prêtre d'une grandeur d'âme et d'une culture rares. Grâce à lui, et grâce à quelques relations famiales, un "gentleman-agreement" est passé : une dispense est signée, et mes études en philosophie (et psychologie) équivaleront aux premières années de séminaire sur le plan académique, le reste des études revenant aux soins de mon maître spirituel, ancien prof au séminaire français de Rome devenu prélat...

Passage, finalement, par une société cléricale de vie apostolique italienne plutôt traditionaliste pour finir mon séminaire tout en continuant à approfondir mon travail en philosophie et psychologie entre Rome et Paris.

Ordination à 23 ans et début d'une aventure ecclésiastique qui devait malheureusement tourner court à la suite d'un différend profond avec ma hiérarchie. Admonestations, sanctions, mise à l'écart, pressions... En quelques semaines, je vis toute la pesanteur d'une structure qui n'admet pas qu'on puisse avoir raison contre elle... Moralement et physiquement épuisé, spirituellement en danger, je plie pour ne pas rompre et signifie à mes supérieurs que je quitte la partie.

Suivent quelques mois très difficiles : retour en France, petits boulots, survie parfois précaire... Grâce à mes diplômes français, je passe les concours pour devenir enseignant... Et je les réussis.

Pour autant - et par une grâce toute particulière que je sais devoir à mon maître spirituel et à ses relations - je ne suis ni rendu à la vie laïque ni excommunié ; pas même interdit. Statut étrange que d'être toujours prêtre mais hors de l'Eglise catholique. Situation douloureuse aussi que seule la prière parvient à apaiser.

Rencontre avec l'Eglise Vieille Catholique en 1996. Beaucoup de belles choses partagées à ce moment et le début d'un engagement en son sein. Un pas supplémentaire est franchi dans ma vie de prêtre, mais, encore un fois, ma libre-pensée et mes prises de position sur des questions de société que j'estime cruciale me mettent en difficulté. Ou j'abjure mes convitions. Ou je quitte cette communauté.

Je fais le choix de la liberté.

Depuis ce jour, je vis deux existences, pour l'instant hermétiquement séparées. Je suis prof la semaine, à la fois par amour de mon métier de passeur d'intelligence et de culture. Mais je demeure prêtre, et j'approfondis ma foi et ma pratique jour après jour en l'affûtant auprès des Pères des premiers siècles.

Cette proximité avec les Anciens - ceux qui ont bâti l'Eglise universelle d'avant les schismes - m'a tout naturellement conduit à faire le choix d'une tradition, celle des Eglises qui ont fait l'Europe occidentale : les Eglises "celtiques" ou "gauloises" ou comme il plaira de les appeler et dont Vincent de Lérins fut une des plus beaux représentants.

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Par Père Olivier-Thomas - Publié dans : Divers
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Vendredi 1 février 2008 5 01 /02 /Fév /2008 17:15

Le premier pas est toujours le plus difficile. Que dire ? Qu'écrire ? Pourquoi éditer un blog ?

Pour faire simple, je répondrai pour ouvrir ici et maintenant un espace de réflexion et de partage sur ce qui fonde la foi chrétienne, dans ses racines les plus anciennes mais aussi dans sa modernité.

Le lecteur trouvera ici des articles tournant tout d'abord autour de sujets tirés de la théologie, de la philosophie, de l'écclésiologie et de questions de société.

Il trouvera aussi l'actualité de cette toute jeune communauté qui jour après après jours se fédère autour du personnage de saint Vincent de Lérins et de sa spiritualité.

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Par Père Olivier-Louis - Publié dans : Divers
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